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N° 2939 du Canard Enchaîné – 23 Février 1977

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19,00 

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Trois points de suspension

Giscard “voulait entrer en maçonnerie” et, raconte Michel Gaillard, l’Élysée s’est mis à sonner comme une cloche fêlée. Entre Grande Loge, Grand Orient, loge Mozart et confidences “à la pêche”, tout le monde dément… en bavardant. Le Président découvre que ses frères “tiennent” la langue comme des “vulgaires politiciens”, tandis que chiraco-gaullistes et giscardiens s’écharpent à l’intérieur des obédiences. Cerise: on parle d’initiation “à l’Élysée”. L’excommunication, elle, recule peut-être… mais “entre eux?”, la bagarre reste entière.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Trois points de suspension

Giscard, les Loges et la politique au compas

À en croire Michel Gaillard, il suffit parfois d’un article du Canard pour faire tousser la République comme une chaudière qu’on aurait bricolée avec un tablier, une équerre et trois secrets de couloir. Les révélations sur la “vocation” de Valéry Giscard d’Estaing à “entrer en maçonnerie” déclenchent, écrit-il, “un boucan de tous les diables” à l’Élysée, à l’Intérieur et dans d’autres lieux “bénis”. Et, fidèle au meilleur théâtre de boulevard, “seule la grande presse” se tient coite, “comme un silence religieux”. Autour, tout le monde parle. Surtout ceux qui jurent qu’ils ne parlent pas.

Le Président, lui, se plaint en privé à Victor Chapot, chargé à l’Élysée des contacts avec les francs-maçons. Il croyait, dit-il, que les frères étaient “des gens sérieux” capables de “tenir leur langue”. Raté: “Vos amis francs-maçons se comportent comme de vulgaires politiciens… Vous allez passer vos journées à démentir!” Le trait est parfait: Giscard découvre, stupéfait, que les Loges ont une vertu très humaine, celle de ressembler au pays qu’elles traversent. La maçonnerie, vue d’en haut, devait être un club discret; vue d’en bas, c’est une France miniature, avec ses clans, ses rivalités, ses rumeurs et sa passion du démenti.

“Pas franc…” et sorties nocturnes

Dans la mare, on patauge déjà dans l’imbroglio des obédiences. Jean François-Poncet (secrétaire général de l’Élysée) se contente de dire qu’après tout cela “ne ferait pas perdre d’électeurs” au chef de l’État. Michel Bassi (porte-parole) et quelques membres du cabinet Poniatowski “ont frisé”, eux, la crise d’hystérie. Et certains, côté Élysée, hurlent au “coup fourré” de francs-maçons pro-chiraquiens qui chercheraient à “nuer” le Président “urbi et orbi”. Dans cette affaire, le grand sport, c’est de compter les manœuvres tout en jurant qu’il n’y en a aucune.

Le plus réjouissant, chez Gaillard, c’est qu’il montre la machine à soupçons se retourner sur elle-même: la Grande Loge de France et le Grand Orient s’écharpent, certains accusant les “faux frères socialisants” d’avoir monté une opération d’intox pour “récupérer” les socialistes… jusque “au sein même” de la Grande Loge, entre maçons politiquement opposés. L’“œcuménisme maçonnique”, on repassera: ici, l’équerre sert surtout à tracer des lignes de fracture.

Un récidiviste au club Cincinnati

Gaillard ajoute une couche d’ironie en rappelant que ce ne serait pas la première fois que Giscard lorgne sur une fraternité: il aurait déjà tenté d’entrer au club Cincinnati, cercle américain “strictement réservé” aux descendants des combattants de l’indépendance. Sans l’ancêtre adéquat, le voilà refoulé… avant que le club ne se rattrape en lui proposant un titre de membre honoraire, “non à Giscard d’Estaing soi-même, mais au président de la République française”. Subtilité exquise: l’homme, non; la fonction, oui. Et Gaillard de piquer: Giscard accepte humblement, mais la Grande Loge de France est-elle “aussi chic que le club Cincinnati”?

La question n’est pas anodine: elle dit l’obsession du moment, cette vieille tentation française de faire du pouvoir un salon, de la politique un réseau, et du réseau une décoration. La maçonnerie devient moins un engagement qu’un accessoire, une carte de visite de plus dans le portefeuille déjà gonflé.

Confessions, Mozart et pêche instructive

Dans les “dignes des Loges”, Gaillard raconte que les dirigeants de la Grande Loge Nationale Française n’ont pas été bouleversés: depuis des semaines, on en parlait déjà, entre initiés. Le récit prend même une tournure délicieuse quand un certain Michel Baron (collaborateur d’Edgar Faure) annonce solennellement: “mon ami Victor Chapot… avec qui je vais fréquemment à la pêche, vient de m’annoncer que Giscard a décidé d’entrer en maçonnerie. La pêche, c’est instructif.” Voilà la République résumée: les confidences d’État transitent par l’épuisette.

Et puis surgit la loge Mozart, “appartenant au Grand Orient”, où Giscard aurait songé à s’introduire lors d’une conférence. D’où “la confusion”… et cette image savoureuse d’un Président cherchant la bonne porte, entre deux obédiences, comme on hésite entre deux salons où l’on n’est pas certain d’être attendu.

Les contacts avec la Grande Loge auraient été “extrêmement discrets”, passés notamment par Pierre Simon, ancien Grand Maître, “ami personnel” de Giscard et de Poniatowski. Simon pose, dit Gaillard, deux conditions stupéfiantes pour l’admission: gravir rapidement les grades subalternes et… être initié “à l’Élysée même”. Autrement dit: faire entrer la Loge au Palais, et non l’inverse. De quoi transformer le rituel en réception protocolaire.

L’absolution, et la bagarre entre eux

Au bout du compte, l’article ressemble à une scène de famille: chiraco-gaullistes et giscardiens “se livrent une sourde bataille” à l’intérieur de la franc-maçonnerie. Chacun “avance ses pions et compte ses points”. Les noms pleuvent, les initiations aussi, jusqu’à l’exemple final, très daté et très parlant: Étienne Dailly, vice-président du Sénat, initié à la GLNF le 14 février. Et Gaillard conclut en élargissant l’angle: “Dieu merci, la franc-maçonnerie n’est plus ce qu’elle était”, le nouveau droit canon en préparation ne prévoirait plus l’excommunication contre les francs-maçons. Très bien. Mais, glisse-t-il, “entre eux?” Voilà le dernier trait: l’Église se radoucit peut-être, mais la politique, elle, garde ses dents.

Au fond, cette “vocation” maçonnique avortée dit surtout l’époque: 1977, la majorité giscardienne fissurée, Chirac en embuscade, et Paris en ligne de mire. Dans une France où tout devient bataille de réseaux, même les trois points ne sont plus ceux de la discrétion: ce sont ceux… de la suspension.