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N° 2992 du Canard Enchaîné – 1 Mars 1978

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RPR: le milliard et demi de Pantin (1er mars 1978, Michel Gaillard)
La Mare aux Canards

1er mars 1978. Michel Gaillard recompte la “super-boum” chiraquienne: 15 millions pour une journée, soit l’équivalent des dépenses municipales avouées par Chirac et d’Ornano réunis. Trains spéciaux, avions, 1 200 cars, 2 millions de lettres, sono, service d’ordre, artistes: la politique en facture détaillée. Au siège du RPR, la bataille Monod-Pasqua tourne à la phagocytose, la trésorière finit “au charbon”, et la propagande pèse au tonnage: 22 millions de journaux-tracts, puis 10 millions de fascicules. Dans l’ombre, des attachés-cases pleins de billets circulent.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

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Cette présentation est déclinée en 2 options :

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RPR: le milliard et demi de Pantin (1er mars 1978, Michel Gaillard)
La Mare aux Canards

La super-boum chiraquienne: 15 millions “pour une fête”, 1,5 milliard pour l’addition

Michel Gaillard reprend l’affaire par le bon bout: le Canard avait révélé, le 15 février, qu’une “super-boum” chiraquienne à la porte de Pantin avait coûté quinze millions de francs (un milliard et demi de centimes). Pour une “fête d’une journée”, dit-il, c’est “gigantesque”. Et surtout, c’est exactement le total des dépenses avouées par Chirac et d’Ornano réunis pour leur campagne des municipales à Paris. Autrement dit: un meeting qui vaut une campagne. Une piste de danse financée comme une mairie.

Le RPR, piqué au vif, tente l’esquive dans Le Monde du 22 février: un communiqué prétend que le meeting de Pantin ne s’élève “qu’à trois millions”. Le Canard, poli mais têtu, “maintient” et en rajoute même: ce n’était pas Pantin, c’était la porte de Versailles, le 5 décembre 1976, trois millions “à l’époque”, et depuis “il y a eu l’inflation et la folie des grandeurs”. Voilà le ressort: au RPR, on ne nie pas l’addition, on change la date, le lieu, la monnaie, et on espère que le lecteur se perdra dans les couloirs.

Décomposition d’un banquet politique: trains spéciaux, avions, cars, lettres… et moustaches

Gaillard déroule ensuite la liste comme un menu de mariage républicain où l’on compterait les convives au litre d’essence. Les chiffres, eux, ont la netteté d’une facture qu’on n’a pas payée:

  • 57 trains spéciaux: 4,5 millions
  • 3 avions Corse-Paris: 400 000
  • location de 1 200 cars: 1,5 million
  • envoi de 2 millions de lettres timbrées: 2 millions
  • assurances et aménagement (sono, estrades, circuit télé, bâches, chaises, calicots…): 2 millions
  • location de la halle: 100 000
    Et la cerise sur le buffet: repas, moussettes, service d’ordre, cachets des artistes… Total de ce morceau: 11,75 millions, auxquels on ajoute “environ 2,5 millions” de frais divers (impression d’un million de cartes postales, milliers d’affiches, encarts publicitaires régionaux). Le tout pour un rassemblement “gratuit” où les militants ne paient pas l’entrée… mais où quelqu’un paie tout le reste.

Le Canard glisse un détail délicieux: il a demandé à la SNCF le prix d’un train complet Marseille-Paris A/R, réponse: 220 000 francs. Pour cinquante-sept trains, le RPR a donc “bénéficié d’un prix de gros”. Ou “de gros ou d’ami”? Le jeu de mots a la mine d’un procès-verbal.

À quoi sert un million? À payer des smicards, ou à nourrir une machine

Le papier ne se contente pas de rire: il compare. Quinze millions, dit-il, auraient pu payer pendant un an 6 240 smicards à 2 400 francs. La phrase est un coup de torche dans la salle: l’argent des confettis a la forme d’emplois. Et le Canard suggère, sans minauder, qu’au RPR on aurait eu “à se rendre utile” autrement.

Côté recettes, “pas grand-chose à dire”: l’entrée est gratuite, la vente de cartes postales n’a rapporté “jusqu’à présent” que 500 000 francs. On comprend que certains gaullistes aient du mal à “digérer” l’addition: la machine est gourmande, l’estomac militant n’est pas extensible à l’infini.

Bataille de chefs, trésorière au charbon, prose lourde: l’appareil se dévore lui-même

Gaillard élargit ensuite le champ: l’argent, c’est aussi un symptôme de guerre interne. Au siège du RPR, rue de Lille, ça tire dans tous les sens entre Jérôme Monod, secrétaire général, et Charles Pasqua, l’adjoint chargé de l’animation. Monod reproche à Pasqua ses méthodes et surtout son obstination à confier l’animation générale à Public S.A., une société qui apparaît comme une caisse de résonance d’amitiés, d’intérêts, de “procédures”. Pasqua, d’abord contesté, finit par “phagocyter” l’appareil: le vrai secrétaire général, c’est lui, et Chirac tranche “toujours en faveur de Pasqua”. Monod menace de partir après les élections. Dans une campagne où l’on imprime des millions, la querelle d’organigramme sent la poudre et le papier.

Même la trésorière, Anne-Marie Dupuy, “en titre” et réputée rigoureuse, se fait griller. Elle avait prêché qu’un parti devait se gérer “comme une entreprise”, et que les “grandeurs” étaient finies. Elle se heurte à Pasqua, se plaint à Chirac, menace de démission… et finit “au charbon”, ou plutôt “à l’abattoir”: guerre à Cannes contre Cornut-Gentille. Pendant ce temps, elle ne surveille plus les factures. Pasqua, lui, “sait compter pour tout le monde”. On dirait la morale d’une fable: quand le chef de caisse devient chef de parti, les additions deviennent des stratégies.

Et puis il y a la propagande pure: pour répondre à “la prose de Chirac et Monod”, le RPR imprime 22 millions d’exemplaires d’un journal-tract de quatre pages. Coût: 70 millions environ hors taxes. Puis 10 millions de “fascicules spécialisés” (culture, troisième âge, environnement, PME, éducation…). Prix de revient: 229 millions. Là encore, Gaillard ne force pas: il suffit d’aligner les chiffres, et la prose devient “un peu lourde” au sens physique du terme, au tonnage de papier.

Enfin, l’encadré “Billets de transport” ajoute un parfum de polar: des attachés-cases bourrés de billets de banque circuleraient dans Paris. “Généreux mécènes”, “industriels pour la plupart”. Le Canard glisse: on ne vous indique pas le trajet, “ça pourrait donner de mauvaises idées”. À lire entre les lignes: quand l’argent voyage en attaché-case, ce n’est pas toujours pour aller à la banque.