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N° 3028 du Canard Enchaîné – 8 Novembre 1978

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Micros : une justice plombée

8 novembre 1978 : Roger Fressoz raconte la fin d’un feuilleton où la justice ne cherche pas tant un coupable qu’un calendrier. Dans l’affaire des micros du Canard, après des années de retards et d’obstructions, le verdict tombe comme une trappe : prescription, dossier “vierge”, rideau. Au centre, Escaro signe trois magistrats en “microcéphales” façon singes de la sagesse : ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre. Une page où l’on comprend que, parfois, la justice tranche… le fil.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Une justice à vous débouter : la prescription comme grand nettoyeur

Le titre claque comme une porte de palais : « Une justice à vous débouter ! » Et Roger Fressoz n’a pas besoin d’en rajouter, il se contente d’aligner les faits à la manière d’un huissier goguenard : dans l’affaire des micros du Canard, l’opinion publique a compris, dit-il, que la justice française a surtout compris comment ne pas comprendre. L’arrêt du 31 octobre (chambre d’accusation d’Amiens) clôt une histoire à la fois burlesque et sinistre : non pas la recherche d’un coupable, mais l’art patient de faire mûrir… la prescription.

La mécanique que Fressoz décrit est d’une propreté clinique : retardements, obstructions, longueur méthodique. À force de traîner, l’affaire s’étire, s’étiole, et finit par tomber toute seule, comme un fruit oublié derrière un radiateur. Résultat : le Canard est « forclos », sa plainte a « prescrit », et le dossier se retrouve « vierge, vide ». La justice, dans cette version, ne tranche pas : elle efface. Vite, “coupez la lumière” dit Fressoz, comme si le spectacle exigeait l’obscurité pour rester présentable.

Les trois singes… microcéphales

Le dessin de Escaro, au centre, fait la synthèse en trois grimaces et trois pancartes : « Ne rien voir / Ne rien dire / Ne rien entendre ». Trois magistrats grimés en sages de pacotille, mais affublés ici du mot qui tue : microcéphales. La charge est double. Elle vise l’institution qui se protège par la cécité, et le petit théâtre judiciaire qui, face à une affaire embarrassante, préfère la posture au travail.

Fressoz insiste : ce qui est piquant, ce n’est pas seulement l’accumulation d’erreurs et de manœuvres, c’est la conclusion morale qu’on voudrait faire avaler au lecteur. Après des années de procédure brinquebalante, on annule pour irrégularité… puis, logiquement, on proclame qu’il n’y a plus rien. Le tour est complet : la justice s’auto-ampute et se présente ensuite comme un blessé.

Le Canard partie civile : une place au fond, près du radiateur éteint

Un des ressorts les plus acides du papier, c’est la place réservée au Canard lui-même. Fressoz rappelle que, dans le raisonnement retenu, la partie civile n’est pas la maîtresse de la montre : elle dépend du rythme du parquet, des juges, des renvois, des actes qu’on fait… ou qu’on ne fait pas. Et dans cette histoire, l’acte le plus efficace semble être l’acte absent.

D’où la morale noire : si l’on laisse filer, si l’on n’appuie pas au bon moment, si l’on se heurte à des murs de papier, la plainte devient un fantôme. La procédure, qui devrait être un chemin, se transforme en broussailles. Et quand on ressort, on a surtout une collection de dates, de renvois, de formules, bref : une affaire “traitée”.

La chronique d’une comédie… à rideau de fer

Ce qui rend la satire de Fressoz mordante, c’est qu’elle n’a rien d’un rire gratuit : elle décrit une comédie dont le décor est l’État et dont les figurants sont des robes noires. Le texte parle d’arguties juridiques, de “mystification”, de dossier “vide”, et cette accumulation de mots concrets (vide, vierge, forclos) donne la sensation d’une armoire qu’on ouvre après des années : elle n’a jamais contenu ce qu’on espérait y trouver.

À côté de ce fil principal, la page fait aussi son marché de réactions et de commentaires, comme une revue de presse qui jouerait le chœur antique, mais en plus grinçant. Les journaux cités ne crient pas tous au scandale avec la même vigueur : certains constatent, d’autres glosent, d’autres ironisent. Et au milieu, le Canard conserve sa spécialité : transformer l’indignation en style, la procédure en farce, la farce en dossier politique.

Et Peyrefitte, dans tout ça ?

La page rappelle aussi, en filigrane, l’arrière-plan politique de l’affaire, et le nom de Peyrefitte revient comme une signature dans les marges du dossier : non pas parce que le texte se perd en roman, mais parce que la justice, ici, semble marcher au pas d’une gêne. La satire vise précisément ce moment où l’institution, au lieu d’éclairer, se protège : on passe de l’enquête à la chorégraphie, et de la chorégraphie à l’oubli légal.

Conclusion : “ne rien voir”, mais très bien compter

Fressoz termine sur une idée simple, et donc terrible : la justice sait compter. Compter les jours, les délais, les procédures, les prescriptions. Elle est capable d’une précision d’horloger… quand il s’agit de ne plus avoir à juger. Dans cette affaire, le dernier mot n’est pas “vérité”, ni même “erreur”. C’est un mot administratif, propre, sans sang : prescription. Et voilà comment une histoire de micros finit en pages blanches. Juridiquement, c’est net. Moralement, c’est un ricanement.

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