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N° 3057 du Canard Enchaîné – 30 Mai 1979

N° 3057 du Canard Enchaîné – 30 Mai 1979

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Peyrefitte, arrêtez-le !

30 mai 1979: Bernard Thomas hurle “Peyrefitte, arrêtez-le !” et accuse le garde des Sceaux de transformer la justice en gourdin. Après la manif du 23 mars, la 23e chambre correctionnelle “mitraille au jugé”, le parquet fait appel “au nom de Peyrefitte”, et le ministre clame sur Europe 1 que le “laxisme” est “périmé”. Procureur Le Gunehec revendique l’exemplarité; Jean Daniel croise le fer; Peyrefitte répond sur papier ministériel… mais ne dit rien sur Gilles Desraisses, innocent présumé en prison. Et quand Serge July est inculpé pour “provocation au meurtre”, le Canard demande: pourquoi pas Peyrefitte lui-même?

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30 mai 1979, Bernard Thomas : “Peyrefitte, arrêtez-le !”

Le garde des Sceaux en artisan du “plus c’est gros”

Bernard Thomas ouvre sa charge comme on claque un mandat d’arrêt… contre le ministre qui les inspire. « Plus c’est gros, mieux ça passe » : voilà, selon lui, “le fond, le tréfonds, le bas-fond” de la technique Peyrefitte en matière de justice. Et l’accroche vise un homme précis : Alain Peyrefitte, garde des Sceaux, décrit comme “sournoisement néfaste”, champion d’une justice où l’exemplarité sert de goupillon et la procédure de gourdin.

Le contexte immédiat, c’est la manif du 23 mars, la casse, les interpellations au hasard, le flagrant délit transformé en mitrailleuse. Thomas rappelle le mécanisme : les casseurs et “un joli lot de policiers en civil saisis” s’en tirent; on prend “des court-pas-vite, des fin-de-cortège, des distraits”. À peu près tous innocents, résume-t-il: ils étaient là, c’est tout. Et l’ennui, c’est que ce “c’est tout” suffit à fabriquer du pénal, quand le pouvoir a besoin de montrer ses crocs.

Flagrant délit, flagrant déni: la 23e chambre comme usine

La satire devient technique et féroce : la 23e chambre correctionnelle “siégeant en flagrant délit, en flagrant déni, mitraille au jugé”. Ce ne sont “pas des juges”, mais “des exécuteurs”. Ils ne font pas “dans la dentelle” : ils “débitent du châtiment à la chaîne”, “à la mauvaise tête du client”. Thomas évoque une salve : 27 peines, de trois mois à trois ans, dont quinze avec sursis. Et il insiste : “mascarade”, “parodie”, “grimace de justice”. Le mot “justice” ne décrit plus un idéal, mais un décor.

Et comme si la salve ne suffisait pas, Peyrefitte trouve encore les robes “trop molles”. Le parquet fait appel “en son nom”, et les procès s’enchaînent : 23 avril, 10 et 23 mai, puis reprise le 1er juin. Le ministre jubile et le proclame sur Europe 1, le 14 mai : « Le laxisme des juges est devenu une notion périmée. » Entre laxisme et répression, où est “l’équité”? Thomas répond par une gifle: “notion périmée”. Plus de balance pour Thémis, “un gourdin”.

Le Gunehec au front, Jean Daniel en Zorro, et Peyrefitte à la plume

Sur la page 5, le feuilleton devient duel mondain. Le nouveau procureur de la République à Paris, Le Gunehec, “monte au front” et assume l’exemplarité : c’est “effet dissuasif”, dit-il, et tant pis si la peine devient spectacle. Thomas saisit l’aveu : il s’agit “de rendre la justice” comme on rend une gifle, avec le gouvernement “en état de siège” et le tribunal en caserne.

Alors surgit “Zorro”, c’est-à-dire Jean Daniel, qui consacre son éditorial au scandale et ouvre une correspondance publique. Peyrefitte répond, sur papier ministériel, comme on sort l’épée en salon : il patine, esquive, ergote, “chatte-minaude”. Le fil des événements devient “le fil de la plume”. Le ministre trouve du temps pour faire littérature, moins pour regarder l’innocence en face.

Le point aveugle de tout ce roman, Thomas le martèle : Gilles Desraisses. L’“autonome” du 23 mars, “trois fois rien”, condamné, promis à sortir début juillet, mais toujours là. “Les saintes pages d’écriture” se multiplient, le verbe se pèse “au trébuchet”… et pas un mot sur l’essentiel : « Gilles Desraisses est innocent : que fait-il en prison ? » La question traverse l’article comme une sirène qu’on refuse d’entendre.

Libération, le “facteur”, et la justice en guerre de nerfs

Thomas élargit ensuite au paysage médiatique: Serge July, dans Libération, écrit que “l’injustice revendiquée” est génératrice de violence. Et là, Peyrefitte change de registre: pas de lettre, “l’huissier”. Inculpation pour “provocation au meurtre”. La vingtième en deux ans, précise Thomas, comme un bulletin d’obsession. Au Nouvel Observateur, on polémique; à Libé, on judiciarise. Il y a la “bonne presse” et la “mauvaise herbe”. Et l’État désigne l’herbe à tondre.

La chute est fidèle au Canard: s’il faut inculper Serge July, alors “inculpez-nous aussi”, dit Thomas. Et il retourne l’arme: si Peyrefitte manie “l’exploit”, “joue avec la bombe”, alors au nom de “l’exemplarité de la peine” et de la “raison d’État”, qu’on l’inculpe lui aussi de “provocation au meurtre”. Provocation par la répression, violence par l’exemple, cynisme par principe: le ministre, conclut-il, “se paye trop notre tête”.

Dans cette France de 1979, déjà tendue vers 1981, la charge vise plus qu’un homme: elle vise une idée de gouvernement où l’ordre public sert à remodeler la justice, et où la justice sert à discipliner le pays. Peyrefitte n’est pas seulement un garde des Sceaux: il devient, sous la plume de Thomas, le garde-chiourme d’une République qui confond fermeté et droit.