Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

N° 3065 du Canard Enchaîné – 25 Juillet 1979

N° 3065 du Canard Enchaîné – 25 Juillet 1979

19,00 

En stock

Une presse qui se sent des zèles

25 juillet 1979 : une commission parlementaire est censée enquêter sur la “liberté” de l’information… et découvre surtout l’art de ne rien voir. Pierre Hunt, porte-parole de Giscard, refuse de comparaître et prétend que la commission n’a peut-être pas le droit de vérifier la liberté. Le Canard dresse alors le tableau d’une autocensure “feutrée”, faite de petites consignes, de nominations et de carrières à ménager : Havas, Antenne 2, TF1, Marcel Jullian, Patrice Duhamel, PPDA… L’enquête avance, mais l’Élysée reste hors champ. La liberté n’est pas bâillonnée : elle est tenue en laisse.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

En stock

Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

25 juillet 1979 : une commission “liberté”, et la liberté qui tousse

Une enquête parlementaire… avec bâillon de service

Le titre donne le ton, et il est parfait : « Une presse qui se sent des zèles ». On est censé parler d’une commission d’enquête sur la “liberté” de l’information publique, donc, théoriquement, d’un grand nettoyage républicain. En pratique, le Canard raconte une mécanique beaucoup plus gaulliste que transparence : les portes s’ouvrent, mais seulement pour laisser passer des silhouettes; les témoignages se font, mais à voix basse; et dès qu’un micro s’approche, l’Élysée se rappelle qu’il a le bouton “off”.

L’article rappelle le point de départ : le porte-parole de Giscard, Pierre Hunt, est “passible” d’une amende (600 à 3 000 francs) parce qu’il a refusé de comparaître devant la commission. Et surtout, il se cache derrière une pirouette d’école : “il n’est pas sûr que la commission ait le droit de vérifier si l’information du public est vraiment libre en France”. Traduction : on crée une commission pour vérifier… qu’elle n’a pas le droit de vérifier. C’est une astuce classique : faire semblant d’ouvrir, puis expliquer que la clé ne tourne pas.

Ce qui amuse le Canard, c’est la “disparition” progressive du cœur de l’enquête : la commission, créée à la demande du RPR, siégerait “pratiquement sans désemparer” depuis le 15 avril… mais dès qu’elle touche aux pressions de l’Élysée, elle se met à patiner. Le journal souligne que, même au motif “théoriquement” honorable (mesurer la liberté), la commission a “du vice”: elle veut produire des “dispositions parallèles” à l’ordonnance de 1958 sur la commission d’enquête. Bref, l’outil se fabrique un alibi juridique pour ressembler à une arme… sans tirer.

Les “dossiers confortables” et la drôle de chasse aux noms

La satire devient un inventaire de personnages, ces petits rouages indispensables au grand silence. On croise le rapporteur UDF, Jacques Dominati, on apprend qu’il “s’est retranché” derrière l’autorisation obtenue par “l’antenne 2” à l’époque; on voit la commission “s’asseoir” sur des pièces, “confortables”, qui concernent des consignes transmises à Radio France et aux chaînes, et des pressions “en douceur”.

Le Canard s’amuse de cette manière de faire : dès qu’on peut accuser “les autres” (un journaliste, une chaîne, un directeur), on y va; dès qu’il faut toucher l’Élysée, on se défausse. Ainsi, quand on interroge Jean Méo (ancien patron d’Havas), il déclare que les pressions… “n’ont rien à voir” avec ce qu’on lui raconte, ou qu’il ne connaît pas l’affaire. Tout le monde a “oublié”. On dirait une amnésie organisée, un trou de mémoire en costume.

Même musique autour de l’audiovisuel public. Le Canard cite des noms, comme Marcel Jullian à Antenne 2, et décrit le “climat feutré d’autocensure” qui s’installe non par grand ordre écrit, mais par “petites consignes” et carrières à ménager. Le Canard n’a pas besoin d’inventer : il montre la logique de la promotion. Si vous voulez durer, vous apprenez à vous taire. Et si vous parlez, vous vous condamnez à l’ombre.

“Un chevalier du mérite” et “Poivre au sucre” : la politesse du pouvoir

Le papier se paie aussi ces détails qui valent mieux qu’un cours de science politique : un journaliste de TF1, Patrice Duhamel, remplacé “comme rédacteur en chef de l’information” par un proche du pouvoir. Et puis le cas Patrick Poivre d’Arvor, interrogé sur les “pressions” : réponse mesurée, calibrée, “je n’en ai pas vraiment eu”, ou “pas beaucoup”. Le Canard n’accuse pas PPDA d’être complice : il montre comment, sous Giscard, la pression ne prend pas toujours la forme d’un coup de téléphone menaçant. C’est plus subtil : une nomination, une invitation, un “tu vois, mon cher”, et une carrière qui se dessine. La presse “se sent des zèles” parce qu’on lui apprend à les sentir.

Le plus drôle, c’est l’énorme contraste entre l’objet de la commission et ses limites affichées. Dans l’encadré “Pas de ça chez nous !”, la commission énumère des garanties, des auditions publiques, des rapports à venir, et “le refus de témoigner” qui coûterait cher… en théorie. Mais, au sommet, Pierre Hunt refuse, et l’Élysée traite cela comme un incident de procédure. La force s’applique au petit, jamais au grand.

En 1979, l’information n’est pas muselée : elle est tenue en laisse

Ce que le Canard décrit, c’est une époque où l’audiovisuel public est encore profondément politique, où les “pédégés” de chaîne sont des rouages de cabinet, et où la “liberté” de l’information se mesure à la longueur de la laisse. On n’assène pas forcément des ordres, on distribue des signaux. On ne censure pas toujours frontalement, on “autocensure” dans le “feutré”. Et quand le Parlement prétend enquêter, il se heurte à une Ve République qui protège le sommet, par réflexe, par habitude, par hygiène de pouvoir.

Le texte finit comme un soupir ironique : on se plaint de “pressions” ? Mais voyons… “Pas besoin de pressions, puisqu’il n’y a pas de place favorable à la politique du Président.” Voilà le sarcasme final : si tout est déjà favorable, pourquoi forcer ?