Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Les plumes du Canard

Patrice Vautier

1938 - 2003

Sa participation au Volatile : 1968 à 2003

Vautier 

vu par Kerleroux

Patrice Vautier (1938-2003)

Repères

  • Naissance : 19 octobre 1938, à La Tronche (Isère).
  • Décès : 2 janvier 2003, à Berck, à 64 ans, après quatorze mois de maladie.
  • Le Canard enchaîné : secrétaire de rédaction, puis critique de cinéma ; responsable du Couac pendant près de vingt ans.
  • Ouvrages : La Vie, madame (recueil de nouvelles) ; Mes premiers combats (sur Félix Houphouët-Boigny) ; et une série Afrique occidentale.

Du “marbre” aux bobines : une vie de Canard

Patrice Vautier appartenait à cette génération dont la carrière a traversé deux âges du journal, deux musiques d’atelier. D’abord le temps où l’on “fabriquait” physiquement un numéro, où le journal se composait au plomb, où le “marbre” conservait la mémoire des pages, où la nuit avait l’odeur d’encre et de machine. Puis le temps où la presse, comme le monde, a accéléré, s’est “modernisée”, parfois en perdant au passage un peu de ce bruit vivant qui faisait battre les rédactions.

Au Canard enchaîné, Vautier commence côté coulisses, au nerf du journal : la secrétairerie de rédaction. C’est un poste qui ne brille pas toujours au soleil des signatures, mais qui tient l’hebdo debout, qui l’empêche de rater son mercredi, qui transforme une matière éparse en pages qui “tombent” juste. Dans l’hommage que lui rend Michel Gaillard, on sent combien Vautier gardait la nostalgie de cet artisanat, des “gueulantes du prote” et du cliquetis des linotypes, comme si le journal, avant d’être un produit, restait une mécanique fraternelle.

Vautier entre au Canard en 1968, après des débuts au Dauphiné libéré. Quoi qu’il en soit, le résultat est net : une vie professionnelle largement confondue avec le journal, jusqu’à en devenir une figure familière, un rouage et une voix.

Le “Couac”, ou l’art de défendre sans poser

Pendant près de vingt ans, Patrice Vautier tient la rubrique “Couac”. C’est un territoire singulier dans l’écosystème du Canard : une chronique nourrie par le courrier, les micro-injustices, les absurdités administratives, les situations insolites qui disent la vérité d’une époque mieux que bien des grands discours. Là, semaine après semaine, Vautier peut “donner libre cours” à une qualité que ses confrères soulignent d’emblée : sa générosité.

Michel Gaillard résume la ligne intime de Vautier en quelques mots qui claquent comme un principe : défendre “le faible et l’opprimé” face à “l’arbitraire” et aux “inepties du pouvoir”. Cela dessine un tempérament de journaliste qui n’a pas besoin de se donner des airs : la pugnacité chez lui se loge dans l’attention, dans la précision, dans le refus de laisser quelqu’un seul devant un guichet injuste ou un règlement imbécile. Une irrévérence, oui, mais une irrévérence qui vise l’abus, pas la personne déjà pliée.

Dans le portrait du Canard, Vautier apparaît ainsi : plume alerte et irrévérencieuse, mais aussi sentimental, attaché à ce que le métier avait de concret, de manuel, de collectif. Un homme chez qui l’indignation pouvait cohabiter avec la tendresse, et même s’en nourrir.

L’Afrique : savoir, terrain, histoires

Patrice Vautier n’est pas seulement l’homme des petites injustices hexagonales. Il est aussi présenté comme un amoureux de l’Afrique, “riche de mille histoires marrantes, pittoresques ou sanglantes”. L’expression est importante : elle dit à la fois la chaleur du conteur et la gravité du témoin. Dans sa bibliographie, cet axe africain se voit clairement, avec une série intitulée Afrique occidentale, publiée sur plusieurs années.

Le même fil conduit à l’un de ses livres les plus marquants : Mes premiers combats, consacré à la première partie de la vie de Félix Houphouët-Boigny. Selon Wikipédia, Vautier aurait été choisi comme biographe officiel du président ivoirien, un travail ambitieux resté inachevé en raison de la mort d’Houphouët-Boigny. Le portrait qu’on devine derrière ces lignes est celui d’un journaliste capable de naviguer dans des milieux très divers, de gagner des confiances, de recueillir du récit là où d’autres ne récoltent que des formules.

Sa page Wikipédia lui attribue aussi des contributions à de grandes affaires du Canard (dont l’affaire des diamants) et une interview de Bokassa après sa chute. Mais, là encore, l’idée centrale colle au personnage : un journaliste qui aime les faits, les contacts, les dossiers, et qui sait faire parler le réel.

Écrire : nouvelles, portraits, et nerf de la phrase

Vautier n’était pas qu’un journaliste de rubrique. Il a aussi publié La Vie, madame, recueil de nouvelles. Ce détail compte : il signale une autre respiration, une envie de littérature, de forme, de voix. Dans l’hommage de Michel Gaillard, on ne décrit pas seulement un collègue efficace, mais une “figure”, une sensibilité, quelqu’un qui existait dans une rédaction par sa présence autant que par ses textes.

Une silhouette, un chapeau, un Zippo

Le plus beau, dans l’hommage du Canard, c’est peut-être la manière dont un portrait physique devient une morale. Patrice Vautier, c’est “une silhouette”, “une pichenette sur le bord d’un chapeau”, “le claquement d’un Zippo”. Trois détails et, soudain, un homme passe dans la pièce.

On le devine fidèle en amitié, toujours prêt à lever le coude “pour célébrer l’amitié”, discret mais présent, avec “un œil bleu” à la fois malicieux et capable d’être “chaleureux et caressant”. Ce mélange explique sans doute pourquoi il pouvait tenir une rubrique de défense des “petits” sans basculer dans le prêche : il y mettait de l’humain avant de mettre du style.

La fin, et ce que le journal garde

Patrice Vautier meurt le 2 janvier 2003, après “quatorze mois de misère”. Le mot est brut, presque sans littérature, et c’est ce qui le rend juste : il rappelle que derrière les signatures, il y a les corps, les longues pentes, les combats silencieux. Au Canard, il laisse un manque.

Dans l’histoire des “plumes et crayons”, Patrice Vautier n’est pas seulement une date ou une fonction : c’est une manière d’être journaliste, avec la curiosité, la générosité, le goût du concret, et cette forme de politesse combative qui consiste à ne pas laisser l’absurde gouverner sans témoin.

Sources et références

Wikipédia
Édition du Canard enchaîné du 8 janvier 2003
Le Monde, Publié le 12 janvier 2003

Vautier 

vu par Kerleroux

Édition du Canard enchaîné du 8 janvier 2003