Henri Rochon
(1920-1964)
Un journaliste venu de la clandestinité
Henri Rochon appartient à cette génération de journalistes forgée dans la Résistance avant de l’être dans les rédactions. Né en 1920, il entre très jeune dans la clandestinité durant l’Occupation. Il y devient compagnon de lutte de Pierre Bénard, avec lequel il partage les risques, les réseaux et une même conception du journalisme comme prolongement naturel du combat civique.
Comme beaucoup d’hommes de sa génération, Rochon ne « vient » pas au journalisme par vocation académique, mais par nécessité historique. Lorsque Le Canard enchaîné peut reparaître à l’automne 1944, après quatre années de silence imposé, il fait naturellement partie de cette équipe recomposée issue de la Résistance.
Le Canard enchaîné (1944-1953)
Henri Rochon entre au Canard en 1944, recommandé par Maurice Felut et soutenu par Pierre Bénard, qui reconnaît en lui un esprit à la fois fin, discret et profondément rigoureux. Il y publie des articles que les lecteurs remarquent pour leur intelligence sans fracas, leur ironie retenue et leur élégance d’écriture.
Le Canard rappellera plus tard qu’il était « de ces journalistes qu’on n’oublie pas », précisément parce qu’il ne cherchait ni l’esbroufe ni la posture. Ses textes s’inscrivent dans la grande tradition du journal : informer sans asséner, critiquer sans lourdeur, et toujours laisser parler les faits.
Une histoire familiale marquée par la répression
L’histoire d’Henri Rochon est indissociable de celle de son demi-frère, Jean Rochon. Ancien collaborateur occasionnel du Canard enchaîné avant la guerre, Jean Rochon fut arrêté, torturé et déporté par la Gestapo. Il meurt en avril 1945, quelques semaines seulement avant la fin du conflit.
Pierre Bénard rend hommage à Jean Rochon dans l’édition du Canard du 15 août 1945, rappelant son engagement et son sacrifice. Cette tragédie familiale inscrit durablement Henri Rochon dans une mémoire douloureuse de la guerre, qui éclaire la gravité tranquille de son travail journalistique.
France-Soir et la fin de la collaboration avec le Canard
En 1953, Henri Rochon quitte Le Canard enchaîné en même temps qu’Yves Grosrichard. Il poursuit cependant son activité journalistique à France-Soir, avec lequel il collabore depuis la Libération. Là encore, il s’impose par une écriture précise, sans emphase, fidèle à une conception exigeante du métier.
Son départ du Canard ne signifie pas une rupture morale ou intellectuelle : le journal le considère toujours comme l’un des siens, et son souvenir demeure attaché à l’âge héroïque de la refondation de l’hebdomadaire.
Une disparition prématurée
Henri Rochon meurt brutalement en 1964, à l’âge de 44 ans, d’une crise cardiaque, alors qu’il se trouvait à sa table de travail à France-Soir. Le Canard enchaîné lui rend hommage dans son numéro du 2 septembre 1964, rappelant qu’il venait de la clandestinité, qu’il avait fait partie de l’équipe de la Libération, et qu’il était de ceux « qu’on n’oublie pas ».
Sa disparition prématurée laisse l’image d’un journaliste discret mais essentiel, représentatif d’une génération pour laquelle écrire n’était jamais un simple métier, mais la continuation d’un engagement.






