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Les crayons du Canard

Auguste de Pedrals y Mullol , dit Pedro

1904 - 1955

Sa participation au Volatile : 1919 à 1939

9 mars 1934 

par Pedro

Pedro (Pedro de Pedrals, dit « Pedro »)

Derrière la signature verticale, haute sur pattes et parfois difficile à déchiffrer, se cache un dessinateur espagnol passé maître dans l’art du trait « typographique »: nerveux, construit, décoratif, et immédiatement reconnaissable. Sous le simple prénom de Pedro, il s’impose dans la presse parisienne de l’entre-deux-guerres comme dessinateur politique et parlementaire, à la charnière de l’actualité et de la satire.

Des débuts à gauche, une installation dans la grande presse

Né en Espagne en 1904, Pedro débute dans la presse française au début des années 1920, d’abord à L’Humanité, puis très vite à L’Œuvre, quotidien où il s’inscrit durablement jusqu’à 1940. Il y couvre notamment la vie politique et judiciaire, et l’on retient, parmi ses terrains de prédilection, le dessin parlementaire et les grands feuilletons d’audience, dont le procès Stavisky. Cette pratique, au plus près des visages et des postures, nourrit un graphisme d’observation: net, précis, plus soucieux d’efficacité visuelle que d’ornement gratuit.

Parallèlement à ce socle dans la grande presse, Pedro multiplie les collaborations: feuilles humoristiques et titres satiriques d’un côté, périodiques politiques de l’autre. Il circule ainsi entre les registres, passant du commentaire d’ambiance à la charge de l’événement, avec la même sobriété de moyens.

Au « Canard »: une longue présence (1919-1939)

La trajectoire de Pedro croise celle du Canard enchaîné sur une période longue, entre 1919 et 1939. Au fil de ces années, sa contribution s’inscrit dans l’ADN du journal: l’actualité traitée au scalpel du dessin, l’ironie comme outil de lecture, et le goût des institutions observées de l’intérieur (couloirs, hémicycle, postures publiques).

Son dessin, très construit, donne l’impression d’un texte mis en image: lignes fermes, silhouettes lisibles, mise en place rapide de la scène. On comprend que des contemporains aient rapproché ses illustrations de bois gravés: même sensation d’aplomb, même économie, même autorité du trait. Ce style sert particulièrement bien la mécanique du Canard, où la légende et l’image dialoguent, se relancent, parfois se contredisent pour mieux piquer juste.

Un professionnel reconnu: salons, syndicats, réseaux

Pedro ne reste pas cantonné à la page imprimée. Il expose au Salon des humoristes et participe, plus tard, au salon Satire organisé par le Syndicat des dessinateurs de journaux, dont il est membre-fondateur. Il s’implique également dans les structures professionnelles de journalistes, signe d’une insertion solide dans le milieu de la presse parisienne, au moment où le dessin d’actualité devient un métier à part entière, avec ses réseaux, ses lieux de visibilité et ses protections collectives.

La bascule sous l’Occupation, puis l’effacement

Le parcours de Pedro se fracture pendant l’Occupation. Le dessinateur, identifié auparavant à la gauche, glisse alors vers des publications collaborationnistes, où il produit des caricatures violemment alignées. Cette période, qui reconfigure durablement sa place dans le paysage de la presse, conduit ensuite à une disparition progressive des radars: à partir de 1944, sa trace se fait rare, et l’on le retrouve plus tard dans la presse française, après un passage par l’Espagne.

Dans cette trajectoire en zigzag, le dessin demeure, lui, d’une continuité frappante: même sécheresse efficace, même sens de l’impact graphique, même capacité à condenser une situation en quelques signes. Ce qui change, tragiquement, c’est la destination de l’arme.

Ce que Pedro laisse au lecteur du « Canard »

Pour le lecteur d’aujourd’hui, Pedro reste l’un de ces noms-signatures qui racontent une époque: celle où l’illustration politique tient lieu de chronique instantanée, où le trait vaut prise de position, où l’on reconnaît un auteur au premier coup d’œil. Au Canard, sa longue collaboration épouse le tempo de l’entre-deux-guerres: agitation parlementaire, scandales, procès, et ce mélange si français de comédie civique et de gravité historique.

Sa présence dans « Plumes et crayons de Canard » est donc à la fois celle d’un professionnel majeur du dessin politique et celle d’un parcours heurté, révélateur des fractures idéologiques du siècle. Le trait, chez Pedro, n’a jamais été neutre: il a seulement changé de camp.

Sa date de décès est incertaine.


Une superbe signature, toute en hauteur, alambiquée difficile à déchiffrer sur un excellent dessin très original.

A un trait vigoureux et typographique, Pedro allie un sens net et précis de la décoration. Ses illustrations sont autant de bois gravés et, après coup, je me demande à quoi ont bien pu, trente ans durant, penser les éditeurs, qui ont laissé aux journaux le soin de découvrir un artiste qu ‘ils auraient dû s ‘arracher.


CHEZ LES HUMORISTES
Le Groupe du Cadran

Paris, 29 mars. — (D’un de nos correspondants.) Depuis quelques jours l’arrière d’un cabaret parisien, « l’Embassy », est devenu le salon d’exposition du groupe dit « Cadran ». On y peut admirer d’excellentes caricatures dont les puissants du jour font les frais.

Mais comment naquit ce groupe du « Cadran » ?
Il y a longtemps déjà que les dessinateurs qui illustrent les pages de nos quotidiens cherchaient à se réunir, à se grouper.
— Nous sommes isolés, dispersés, disait-on. Nous ne nous connaissons que par hasard, au café… Toujours au hasard. Il faut, comme pour tous les artistes, la nécessité de nous serrer les coudes. Il faut en finir.
Une idée germa donc pour devenir bientôt une réalité bien vivante.
Et un soir, dans un petit café de la rue Louis-le-Grand, l’enseigne du « Cadran », les dessinateurs Pedro, Pol Ferjac, Henri Monier et N.-W. Grove fondèrent un groupe qui prit le nom de l’estaminet qui le vit naître.
— Nous serons vingt-quatre comme les heures du Cadran, décidèrent-ils.
Ils lancèrent un appel à quelques-uns de leurs camarades qui répondirent aussitôt : Présent !
Bib, Guilac, Michel Hubert, Roger Rey, Micky, Cabrol, Pruvost, etc.
Émile, le garçon du Cadran les regardait avec inquiétude quand Pedro se leva :
Pedro, qui s’appelle aussi de Pedrals, est un catalan au profil racé et au regard droit. C’est un homme de cœur et d’action.. Il sait le prix de son indépendance gagnée à  coups de crayons  mordants et de spirituels.
Très simplement il dit:
— Nous fondons ce groupe d’abord pour exposer – ce qui est réalisé – ensuite, pour nous défendre contre notre destin aux inconnues multiples.
Il ajouta :
— Une devise sera nôtre : Ne pas se tirer dans les jambes et renvoyer l’ascenseur !
Vingt voix crièrent : Bravo ! et deux semaines après les caricaturistes accrochaient leurs œuvres aux murs de « l’Embassy ».

— Mais, demandez-vous, qu’est-ce que le « Cadran » ?
C’est un bistrot sympathique, tout proche de « L’Œuvre » et du Canard Enchaîné. Son plafond est patiné par la fumée des pipes. C’est un relais agréable, une oasis chaude l’hiver et fraîche l’été.
C’est aussi un café presque historique qui vit sur ses banquettes fatiguées s’asseoir des célébrités du journalisme, de la littérature, des arts… et de la politique.  des lettres, etc.
On y rencontrait Gustave Téry, Robert de Jouvenel, Charles Denessses, Canudo, tous quatre disparus…
Des écrivains célèbres : Pierre Benoit, Henri Béraud, Léon Deffoux, Jean Piot, Pierre Bénard. Des auteurs: Marcel Achard, Henri Jeanson, …. (…)

Auguste Nardy, Le Radical de Vaucluse, 29 mars 1932

Le Groupe du Cadran se compose de 20 membres identifiés sur les 24 annoncés :

Bébéride, Bernad, Bib, Bogislas, Al Briol, Cabrol, Carrizey, Dubosc, Pol Ferjac, N.-W. Grove, Guilac, Michel Herbert,  Micky (ou Miky), Henri Monier, Pedro, Picq, Pruvost, Van Rompaey, Roger Roy, Jen Trubert

Pedro, Pol Ferjac, Henri Monier, N.-W. Grove et Al Briol se présentent comme présidents, les autres « présidents d’honneur ».

Ils exposent du 12 au 24 mars 1932 à l’Embassy, sous le patronage de Michel Simon, et le 26 à St Denis, sous l’égide du député Maire Jacques Doriot, puis en Province.

 

Sources et références

        • Notice « Pedro » (Le Maitron), éléments biographiques et professionnels.
        • Notice « Pedro » dans le Dico Solo de Catherine Saint-Martin
        • Auguste Nardy, dans Le Radical de Vaucluse, 29 mars 1932